Péripéties cévenoles ou Rêveries d’un promeneur ferroviaire sont un court récit d’une promenade vers le centre de la France géographique et haut-lieu ouattien … en train, évidemment !

 Article rédigé par Louis

 6h-16h : déjà 10 heures que je suis « en mode train », pour un résultat assez mince, à savoir 100 km et environ 357 tunnels. Bellenaves c’est génial, il paraît, mais c’est loin, surtout depuis Nîmes !
Quand le réveil a sonné et que le coup d’œil vers l’appli SNCF a affiché le Cévenol de 8h « supprimé », mon joli plan de slow tourisme est tombé par terre, bien ralenti au départ mais accéléré à l’arrivée. Impossible donc de prendre du temps à Langeac City, « centre du monde », comme aurait dit Dali s’il avait décidé de franchir les Cévennes après les Pyrénées. En attendant, il s’agit de profiter du paysage : le Cévenol Nîmes-Clermont-Ferrand s’apprécie collé à la fenêtre, pour une transition Sud-Nord en douceur (pour un Nîmois, Avignon, c’est déjà le Nord, alors Clermont, n’en parlons pas !).

Entre le Sud et le Nord. ©️📸Louis Baldasseroni

Dès le départ de Nîmes tant attendu, vers 14h tout de même, le dépaysement est total :
⦁ La climatisation à fond m’oblige à sortir le gilet prévu pour les froides nuits de Bellenaves, dès 20 minutes avant le départ. Un changement considérable par rapport aux 38°c nîmois du départ !
⦁ Le rideau de pluie, le vrai, à Génolhac : j’avais presque oublié comment c’était, après 2 mois sans une goutte d’eau.
⦁ Les mouettes, ou goélands, je ne sais jamais, sur le lac de Villefort, dont l’étendue bleue n’a rien à envier aux mers déjà surpeuplées, en ce début juillet.
⦁ Le monument à Paulin Talabot (1799-1885), ingénieur concepteur de la ligne, à la gare de Villefort. Là où la gare de Nîmes lui rend hommage par un buste, tout ce qu’il y a de plus classique, le souvenir du grand homme prend ici la forme … d’un essieu de wagon ! D’accord, il est associé aux « cheminots de la ligne des Cévennes », mais pas sûr que l’objet technique soit la meilleure manière de transmettre une histoire sociale …

Monument à Paulin Talabot en gare de Villefort ©️📸Louis Baldasseroni

⦁ La foule, la vraie, qui descend à l’arrêt suivant, La Bastide-Saint-Laurent les Bains, vidant une bonne partie du train. Pourquoi ?? Sans doute pour les installations anciennes du poste d’aiguillage (pour en savoir plus, par ici : https://journals.openedition.org/pds/17207) … ou pour les chemins de randonnée, sans doute nombreux dans ces superbes vallons ?
⦁ En parlant de randonneur.euses, en voilà 4 qu’on ne risque pas de manquer, qui viennent de monter, avec une histoire improbable : elles descendent à l’arrêt suivant (heureusement pour mes oreilles), car elles se seraient trompées de train ! Comment est-ce possible ?
⦁ La vue d’un bâtiment où est fièrement affiché « Colonie l’Espoir – Nîmes », un dernier témoignage de la connexion avec mon point de départ, dont les paysages sudistes jaunis par le soleil ne sont désormais plus qu’un souvenir. Une rapide recherche Internet – de retour à la maison, n’espérez pas profiter d’un réseau de plus de 2G dans ce train !- m’apprend qu’il se situe dans le village de Laveyrune et qu’il accueille toujours des groupes, sur le chemin désormais touristifié de Stevenson.
A Langogne, un autre morceau de patrimoine voisine avec la gare : une remorque bleue appartenant à l’association AP2800, association de passionnés (c’est littéralement ce que signifient les lettres AP !) qui font rouler ce « train bleu du Sud », bien loin du Paris-Nice, encore appelé « le Bleu » chez les contrôleurs SNCF.

<16h27 : enfin, les randonneuses égarées et un tantinet égoïstes descendent et je peux ranger mon casque anti-bruit dédié aux trajets en TGV. Schtontonk, schtontonk, vrrr, pschiouuu, je préfère, même si certains schtontonk un peu trop forts me font dire que les travaux de remplacement progressif des rails les plus abîmés ne sont pas superflus sur cette ligne. Oh, la verdure n’est pas (encore) brûlée par le soleil, ici ! Puis, entre Langogne et Langeac, sans doute la plus belle partie de la ligne, où le train longe l’Allier, sans autre aménagement sur ces gorges souvent qualifiées de « sauvages » dans les brochures touristiques, autrement dit inaccessibles en automobile.

La remorque bleue en gare de Langogne ©️📸Louis Baldasseroni

L’impression de se laisser glisser à la même vitesse que l’eau, mais un peu plus vite quand même, et surtout moins inconfortablement que les quelques kayakistes qui voisinent avec notre belle infrastructure … entre deux tunnels, viaducs ou monuments bien cachés.
Le périple s’arrête à « Langeac, Langeac, 2 minutes d’arrêt ! », comme disaient les contrôleurs lorsque les vénérables trains Corail n’avaient pas encore été remplacés par ces trains modernes aux annonces automatisées. « La région Occitanie vous souhaite une bonne journée » : merci, mais on n’y est déjà plus depuis longtemps : c’est l’Auvergne, ici !
Bref, le Cévenol, c’est une parenthèse temporelle et paysagère comme on en voit peu, sans même avoir besoin de mobiliser l’imaginaire des grands hommes bâtisseurs (qui ont ici complètement raté leurs objectifs de rentabilité !) ou une nostalgie artificielle. Juste regarder, profiter, contempler les paysages en laissant divaguer son esprit. Cette ligne, à la fois rurale, lente et pittoresque, fait intégralement partie du voyage, dans le plus pur esprit OUAT … et encore, je n’ai pas évoqué ses majestueux viaducs, les offres à 1€ de la région Occitanie ou les trains touristiques qui parcourent une partie de la ligne en saison … car je suis sûr que vous êtes déjà convaincu.e d’inscrire cette ligne dans la liste des prochains voyages à (re)faire !
Louis

Vue depuis le train sur la nature sauvage. ©️📸Louis Baldasseroni

Epilogue : le cœur battant du Bellenaves rurail a été rejoint de manière multimodale et greenwashée, au moyen d’une auto électrique de location, qui arrivera à elle seule à nous faire préférer le train, quelque soit son retard. Langeac-City fut donc traversée au pas de course, pour récupérer le dit déplaçoir survolté dans les temps. La visite aux ancêtres attendra le prochain voyage en Cévenol, que je pousserai volontiers jusqu’au terminus pour compléter l’expérience !