Du rouge, plein sud
De Lyon à Lecce
Article rédigé par Bruno Janneau
C’est rouge, italien, ça va vite, c’est électrique, il n’y a pas de cheval sur le capot… vous me dites ? C’est le Frecciarossa, le TGV italien donc, qui entre fier comme un bar-tabac dans la banale gare de Lyon Part-Dieu ce matin d’avril, direction Milan.
Et bonne nouvelle : pour se rendre à Milan, la ligne de chemin de fer traverse littéralement les Alpes, promettant à ses voyageurs le spectacle d’un paisible vertige, café compris. Parti de la vallée du Rhône, ce trajet devient voyage alors que le tracé s’engouffre dans les contreforts des Alpes. Pendant quelques heures, la ligne se joue du relief, grimpant inexorablement et courageusement en direction de Modane. Les neiges plus ou moins éternelles coiffent crêtes et sommets, leur fonte irriguant les vallées verdoyantes. Au travers d’une vitre un peu crado agrémentée d’un sticker moche certainement imaginé dans un open space et présenté à un comité sur un PowerPoint, nos yeux immortalisent cette traversée tranquille d’un massif que l’on sait souvent âpre.
Sortie du tunnel côté Alpes italiennes, la flèche rouge entame sa descente, laissant progressivement se dessiner la vallée industrielle qui caractérise l’approche de Turin. 3h50 du mat, Milan Centrale. Milan monumentale. Empruntée d’un élan de gigantisme à la faveur des motivations douteuses d’un chef de gouvernement fasciste au début des années 1930, cette gare propose des volumes inédits, déboussolant le voyageur qui y descend pour la première fois…
Le train, la nuit
C’est aussi de Milan Centrale que s’annonce le train de nuit en direction de Bari. Sous les monumentales voûtes métalliques de la gare ce vendredi soir, le panneau lumineux dévoile alors le numéro du quai, déclenchant soudainement une joute amicale de pilotes de valises slalomant entre les chariots, poteaux et autres objets nécessaires au bon fonctionnement d’une gare ferroviaire.
Silence. Quelques minutes plus tard, le calme des cabines fait redescendre le pouls et augure d’une douce téléportation 1000 km plus bas. D’ici là, la cabine s’installe, le barista pousse son wagonnet, distribuant quelques vivres pour la concrétisation d’un projet culinaire résilient. La routine régulière des roues sur les interstices des voies prend alors le pas, nous avons le temps de nous accoutumer, voire ça vire à de l’addictomogie. Puis, ouverture des yeux : les champs d’oliviers défilent sous le ciel encore rougeoyant d’un lever de soleil qui devait être stylé mais qui restera dans l’imagination cette fois-ci. Le barista passe à nouveau, distribuant un second projet culinaire résilient, à base de café et biscuits. Bari, café-croissant, pas le temps de niaiser, on dirait le sud mais pas tout à fait. Notre trajet se termine par l’impeccable TER qui s’élance le long du trait de côte, fonçant vers le sud du sud, laissant défiler un paysage agricole parsemé de poteaux électriques. Lecce, terminus, c’est l’Italie hors-saison.
Gare de Milano centrale . Crédits Photo : Bruno Janneau
Embarquement pour Bari depuis la gare de Milan. Crédits Photo : Bruno Janneau
Trafic dense sur le quai. Crédits Photo : Bruno Janneau
Voiture et couchette. Crédits Photo : Bruno Janneau
Sortie de la gare de Bari. Crédits Photo : Bruno Janneau
Arrêt pour la station balnéaire de Bari . Crédits Photo : Bruno Janneau
Bari – Lecce en Intercity. Crédits Photo : Bruno Janneau
La mer adriatique au petit matin . Crédits Photo : Bruno Janneau

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